Rencontre 3 monde

LES RENCONTRES DES 3 MONDES
REUNION DU 22/04/2006
A LA LIBRAIRIE « LES CENT CIELS »

Sœur Brigitte May est fondatrice-responsable de la Maison de Prière Abana (Notre Père) au Liban, sous la juridiction de monseigneur Paul Emile Saadé évêque de Batroun.( ermitageabana@libanreve.com)
Elle vient du Liban où elle combat pour la Paix depuis 20 ans: elle va témoigner de sa vie: de sa quête d'absolu, dés l'adolescence, en recherche de l'amour perdu du père, de son errance tout en préparant son doctorat et l'agrégation de littérature à la Sorbonne jusqu'à la nuit de feu où elle rencontre le Christ (le 26 février 1984 dans sa cave à Paris) qui la sauvera de la mort et lui révèlera l'Amour du Père ! Elle nous parlera aussi de sa mission difficile au Liban dans la guerre (1986-1994) et de sa vie de silence et de solitude à la recherche de l'hésychia pour la donner au monde affamé!
Elle est accompagnée par une priante de sa Maison de Prière: Laurence Delacroix qui chante l'amour et la paix à la guitare.

Pour comprendre aujourd'hui, il faut comme disait Freud revenir à l’enfance : l'enfant est le père de l'homme. Je suis née le16 octobre 1952 à 15h00 à Besançon. Ma sainte maman, catholique vouée à sa famille et à sa paroisse ; elle a fait le catéchisme à tous les enfants. Papa, militaire, a fait toutes les guerres, d'Indochine et d’Algérie. Il a été traumatisé par les guerres qu'il a dû faire. Très absent donc, il avait énormément de mal à exprimer sa tendresse, notamment à moi même. Et j'en ai souffert. Son incapacité à exprimer son affection, quand il était là, est devenue mon véritable tourment. J'ai deux sœurs. Cet exil loin de mon père terrestre me conduisit à dire à maman, dans la fougue de mon adolescence: « Ton Dieu père et Amour de l’église ce n’est pas pour moi ! Mon premier Dieu ce fut mon père incapable de m’aimer…aussi pour moi aujourd’hui, Dieu n’est pas père ! Je quitte l’église et vais partir à sa recherche ». C'est ce que je fis.
Le bac en poche, l'aventure existentielle va commencer au travers de multiples expériences et certaines fort dangereuses. Je préparais alors à la Sorbonne mon doctorat de littérature française et mon agrégation. Je suivais également des cours de métaphysique et m'intéressais beaucoup à René Guénon. Parallèlement à tout cela j’avais trouvé un poste de professeur au lycée Saint Thomas d’Aquin à Paris.

Une vie d’errance

En 1983, à Paris, à l'Institut Supérieur de Pédagogie, je suivais un séminaire sur la structure du mental. Là, je fais une rencontre qui va bouleverser ma vie : celle d'une libanaise Ilham Chamoun. Je savais qu'elle préparait une maîtrise de psychanalyse et éducation pour s'occuper de la jeunesse de la guerre au Liban. Et je savais qu'elle était présence discrète auprès des plus pauvres de son pays. Nos esprits ont fusé. A ce séminaire de pédagogie, je n'y étais pas seule. J'étais dans un tel désarroi intérieur, dans cette quête de sens de ma vie, que j'allais à ces cours avec mes deux chats (Socrate et Aphrodite). Une grande souffrance intérieure me rongeait et mon comportement devenait de plus en plus délicat à gérer à tel point qu’un jour mon directeur me vit arriver à l’école, le crâne rasé avec juste derrière la tête une petite touffe de cheveux en forme de queue à cheval !! Bref, Ilham, très intriguée, à la pause est venue vers moi. Je lui demandais "Est-ce que l'Amour existe ?" Elle m'a regardée, m'a tendu un café et une grande amitié est née entre nos cœurs. Mais mon drame intérieur augmentait. Je me sentais d'ailleurs et de nulle part. J'avais une curieuse sensation de migration intérieure. J'étais en exode intérieur et extérieur. Et pourtant apparemment, rien ne me manquait. Je décide d'aller plus loin dans cet exode intérieur, cette migration intérieure. Je prends la décision de m'enfermer dans un cercueil pendant neuf mois, en plein Paris, rue des Fossés Saint Marcel. Pendant que je vous dis cela, je regarde ma petite sœur, présente dans l’assistance et j'ai envie de sourire car elle a joué son rôle dans toute cette histoire. Elle a transporté le cercueil, cercueil que j’avais volé dans un centre de vivisection. J'ai vécu comme une descente à l'intérieur. Le vide en moi se creusait. Sans être prétentieuse (il faut veiller à l'orgueil subtil), j'avais presque épuisé toutes les expériences de vie, de quête. J’étais allée dans un temple bouddhiste, dans un ashram. Je m’étais intéressée à toutes les religions extrêmes orientales à travers des rencontres merveilleuses. Au niveau du bouddhisme, j'ai reçu le cordon de la bénédiction des mains de Kalou Rimpoché, un saint lama. Mais malgré tout mon respect pour toutes ces personnes rencontrées, pour tous ceux qui m'entouraient et m'aimaient, je sentais que la vérité et l'Amour absolu que je cherchais se trouvaient sur l'autre rive.


La nuit de feu

A 32 ans, je prends la décision de mourir, de me suicider. C’était le 26 février 1984. Je suis là, dans cette petite cave parisienne dans le 5ème arrondissement, à côté du Panthéon.. Il y a une petite échelle et une mezzanine en bois. Il est à peu près 20 heures. J'avais tout préparé, tout rangé. Soudain j'appelle Ilham, mon amie, qui m'avait confié sa thèse sur la crise de l’éducation au Liban pour la corriger sur le plan linguistique. J'avais oublié de la lui rendre. Je lui demande de venir, et lui dis que j'ai décidé de mourir. Elle arrive, me priant de ne pas faire n'importe quoi. Elle rajoute :"Brigitte, ton intelligence, ta beauté ont toujours servi le néant. Ce n'est plus possible, ne fais pas n'importe quoi. Donne-moi ma thèse » .Je la lui donne. Elle me jette un petit cadeau, elle tombe en sanglots, et elle s'en va. Je me retrouve toute seule, à 21 heures. Je m'apprête à regarder ce petit paquet. Je vois "Bible de Jérusalem". J'ouvre la page de garde, elle avait collé le drapeau du Liban et écrit un petit mot arabe « Hayéti »= ma vie, mes yeux, que la maman libanaise dit à son enfant. Puis j’ouvre la Bible et je tombe sur le prologue de Saint Jean : « Et le Verbe s’est fait chair, et Il a habité parmi nous… ». Je suis alors comme électrifiée, terrassée par la rencontre du Christ qui mettra sa main sur ma tête et me dira : « Brigitte, tu n’étais plus là mais moi j’étais là, tu ne me quitteras plus, tu seras Ermite ! ».

Immédiatement je compris que c’était Dieu Notre Père qui m’avait envoyé son Fils pour me révéler Son Amour Absolu et me permettre ainsi de pardonner à mon cher papa. En cette nuit de feu, je suis passée de la mort à la vie, et un combat dur devait commencer entre la vieille femme au sens de saint Paul, avec ses mauvaises habitudes ou tendances, et la nouvelle qui venait de naître et qui voulait séduire son Bien-aimé Jésus. Je serai guidée par mon premier père spirituel de l’archevêché de Paris, le père Jean Robin.
De 1984 à 1986, je partagerai mon temps entre l’enseignement, la prière et l’aide aux déshérités à Paris. Pendant ce temps Ilham est repartie au Liban rejoindre sa communauté maronite. Nous restons en contact et elle m’invite dans son pays. Le 4 juillet 1986 j’atterris à Beyrouth accueillie par quelques sœurs de la congrégation. On me conduit au lycée Saint–Elie à Batroun.

Face à la mort

Mère Verona qui m'accueillait m'invite dans la Bekaa, une grande plaine. Là-bas on rendrait visite à son frère, le Colonel Michel Ziadé, chrétien. A Rayack, ville proche de Zahlé dans le mohafazat (département) de la Bekaa, on s'apprêtait à voir son frère lorsque presque sous nos yeux il fut criblé de 30 balles dans le corps. Michel tué de sang froid, cet homme de paix, comme tant d'autres, un croyant, un homme de prière. Dans cette guerre au Liban, il n'y a ni musulmans, ni chrétiens, ni juifs. Il n'y a que l'homme en proie à ses monstres intérieurs et à ses démons. Le Liban est un pays otage ! Une terre d’Amour et de pardon.
Jean-Paul II l'a dit, « Ce pays est plus qu'un pays, c'est un message d'Amour pour le monde entier » car 22 familles religieuses vivent au Liban sur 10452kms ! Ce sont les extrémistes sans foi ni loi qui veulent utiliser la religion à des fins politiques pour tuer Dieu mais Dieu prie l’homme ...
Dans toute religion, il y a cet appel à l'Amour, ce désir de devenir un être de paix, de lumière. Il faut donc qu'on se donne la main. Chacun de nous est responsable de la guerre et de la paix là où il est. C'est très important de le comprendre.

« Tu seras ermite au Liban ! »

Au cours de ce séjour, j’ai senti plusieurs fois comme un appel à rester dans ce pays en souffrance. A plusieurs reprises j’ai entendu le Christ me dire« C’est ici que tu seras ermite ». Devant tant de détermination Ilham décide me faire rencontrer un prêtre maronite avec lequel je m’étais entretenue à Paris. Le bureau du père Boulos Najm était ouvert, je courrais tellement pressée de le retrouver. Le père m’accueillit son journal à la main et son cigare aux lèvres et, me dit "Toi ici Brigitte ? J'espère que tu viens me dire que tu seras Ermite au Liban". Je ne lui avais pas parlé, je suis tombée à genoux, j’ai fait le signe de la croix, et j'ai dit "Père, Dieu a parlé. Je venais vous expliquer ce qui m'est arrivé, et vous m'avez donné la réponse". "Mais non, dit-il, je ne suis au courant de rien". Je lui ai tout raconté, et alors il me dit "Je confirme la voix du Christ. Viens au Liban nous soutenir et partager notre destinée sur la Croix. Tu as bien entendu. Je te bénis au nom du Christ".
Je démissionne de mon poste d’enseignement et je repars au Liban, au lycée Saint Elie. Et je me suis aperçue que personne en fait ne connaissait le Liban. Il y avait une grande ignorance. Une nouvelle vie commença. Je m’installai au Liban. J'ai eu un premier père spirituel libanais, père Emmanuel K. Il me dit :
"Ecoute Brigitte, avant que l'Eglise catholique te permette d’être ermite, on veut voir cet éblouissement s'enraciner. On veut voir ton rayonnement, ton équilibre afin que ta solitude répande Jésus. Elle ne doit pas être maladive, une fuite du monde. Il faut vraiment que l'appel à la solitude vienne de Dieu directement et soit confirmé par notre Eglise »
J’ai dit "D'accord. Qu'est-ce que je dois faire puisque je ne peux pas aller dans les grottes ?" En réponse, il me dit :"Vous voyez au Liban on a la chance d'être dans un pays où la langue française est présente. C'est un pays francophone, Je crois que ce serait bien, mais c'est vous qui décidez, que vous vous occupiez de la culture française au lycée Saint Elie". J’ai accepté immédiatement.

Le drame de la guerre

J'avais des élèves chrétiens, des musulmans. Nous avons utilisé la culture pour essayer d'unir tous ces jeunes. Nous avons montré la beauté de la Syrie, la beauté du Liban, le patrimoine culturel, les pierres, l'archéologie. On menait un travail fantastique pour réconcilier les coeurs et les esprits quand soudain, le 06 mai 1988, à 06 heures du matin, derrière les murs de ma chambre, une voiture piégée explosa – 100 kg de TNT et 3 grenades. Le lycée a été totalement soufflé. On était vivant, on a remercié Dieu. On a fait des processions, chanté, prié. On a perdu quelques degrés d'audition, mais pas de dégâts physiques cette fois-ci. La Supérieure et moi, avons alors décidé d'aller à Paris pour fonder l'Association " Les enfants du Cèdre", pour reconstruire l'école, et essayer de l'améliorer afin de donner à ces jeunes, très intelligents, les moyens de se cultiver et de poursuivre leurs études.


On a donc reconstruit le lycée Saint Elie à Batroun. Et soudain, en 1989, la guerre est arrivée. La guerre entre la Syrie et le Liban. L'enfer va commencer. Des centaines de visages douloureux. Je n'oublierais jamais Ayad, jeune homme de 17 ans, le plus grand sportif de mon école. Un jour il m'appelle de Beyrouth où il est allé pour une démarche administrative, il a eu les 2 jambes sectionnées par un obus. Quand c'est arrivé, il m'a appelée avec sa tante. Il voulait voir son professeur. J'y suis allée, il m'a demandé de l'aider. "Vous êtes missionnaire de la Paix, de l'Amour, voilà ce que vous allez faire pour moi, vous allez me piquer à la morphine. Je ne peux plus vivre. L'instrument de ma vie, de ma compétition, mes jambes, je viens de le perdre". Je lui ai demandé 24h avant de lui répondre. Je suis rentrée, j'ai passé une nuit blanche devant le Tabernacle. Je suis allé retrouver celui que j'appelle l'ami certain de mes heures incertaines. Nuit en union, j'ai convoqué le Ciel, les Anges. Je me suis mise sous mon capuchon. Je me suis tue.

Et j'ai entendu le Seigneur des seigneurs, le Christ, me dire à nouveau:


"Brigitte, tu n'as pas d'autre solution, va voir Ayad. Tu l'envoies à Paris dans une famille. Tu l'éloignes de cette horreur". Je vais chez lui, lui demande de faire sa valise. Je trouve un billet d'avion, et grâce à des amis français je l'ai emmené dans une famille chrétienne du nord, où il y avait des enfants scouts. Ayad m'a regardé et m'a dit « Vous rentrez au Liban, mon pays, je vous demande de ne pas m'écrire. S'il vous plait sœur Brigitte ne me parlez pas de Jésus. Ce que vous faites pour moi est merveilleux. Je ne sais ce que je vais devenir ». A la fin de l'année, sa tante, toute émoustillée, revient. Elle m'annonce qu'il a eu son Bac et qu’il veut me voir. J’y vais, je vois sa tête, je ne le reconnais pas. Je vois une lumière qui n'est pas de ce monde. « Ayad, comme tu es beau. Tu as eu le Bac, bravo ». « Oui, le Bac. Sœur Brigitte dans cette famille française avec leurs enfants scouts qui portaient mon fauteuil pour aller en cours j’ai rencontré Jésus ! Et finalement je comprenais qu’heureusement Dieu m'a pris mes jambes. Mes jambes vous ne saviez pas, j'en faisais n'importe quoi avec les filles. Je ne marchais pas. C'est pour ça qu'Il me les a prises. Maintenant, je n'ai plus mes jambes, mais je viens de rencontrer le Christ, et je marche !je serai le bras droit du Ministre des handicapés au Liban". C'est ce qu'il est aujourd'hui. C’est la toute l’âme libanaise.

Je n'oublierai jamais non plus Ouda, qui a vu ses trois petits (3,5 et 8 ans) brûler sous ses yeux dans un autocar. Et tous ces visages d’amis libanais, blessés physiquement ou intérieurement, qui m'ont aidé à saisir la souffrance, le sort, le martyr du Liban, l’éternel martyr d'Amour de ce peuple coincé entre le lac bleu de la Méditerranée et l'Océan de sable. La beauté de ce pays, ses faiblesses aussi, mais surtout sa Foi indéfectible en Dieu et en l'Homme, malgré tout ce que l'homme peut lui faire subir.

L’appel de la solitude

En 1992 j’étais très fatiguée et j'ai voulu prendre du recul. J'avais simplement envie d'être là, je n'avais plus envie de parler, ni de Baudelaire, ni de Rimbaud, plus envie d’enseigner la littérature. Je me sentais attirée par le Seigneur dans un autre ordre de présence.

Cette permission de me retirer de mon poste me fut accordée. Je ne pouvais que rester assise sur ma chaise à mon bureau et j'ai dit à la Supérieure : "Je suis là, porte ouverte. Je sens que c'est ce que je dois faire pour contenir l'angoisse de tous ces jeunes dont les parents étaient mutilés, broyés par cette Guerre ». J'ai fait écrire, par ces jeunes, un livre qui s'appelle "Cris de vérité des enfants du cèdre"(Cariscript), pour canaliser leur angoisse, leurs peurs.
En 1993, j'ai eu la grande surprise d'obtenir la permission de mon Eglise en Monseigneur Bassim de commencer mon chemin de solitude dans la montagne libanaise. Alors commence pour moi une autre étape. Mes amies religieuses m'avaient acheté une petite cave en pierre de la montagne, sur la terre battue. J'ai commencé accompagnée par un jésuite père Augustin Dupré La Tour, docteur en Eschatologie et exorciste. Et là j’ai vécu une expérience extraordinaire.Finalement j'ai découvert, à partir de ce moment là, la splendeur de notre Eglise, avec toute sa multitude de Saintes et de Saints depuis des millénaires, d'hommes et de femmes comme moi, pauvres, qui essaient chaque jour d'embrasser la Croix, de la rendre victorieuse et d'avancer avec le Seigneur. Je comprenais que tout se jouait au-dedans. Que notre être intérieur est le lieu d’inhabitation de Dieu : Père, Fils et Esprit Saint. Notre corps de chair appelé à devenir Temple de l’Esprit Saint ! Quel prodige ! Dieu nous prend au sérieux et c’est à nous de le prendre au sérieux ! Il veut faire de chacun de nous un saint, un fou de Son Amour !

J’ai essayé de creuser cette voie des pères et mères du désert.

Un combat sans merci plus dur que la bataille des hommes

En 1994, j'ai vécu un an et huit mois, visites défendues, seule avec le Saint Sacrement. Là, je peux vous assurer que si ça n'est pas une vocation, donnée par le Seigneur lui-même, on craque et on devient fou. Croyez-moi, au début de cette expérience, cela a été un combat sans merci, contre le pire ennemi qui est moi-même ! La rencontre de mes monstres intérieurs et la libération par l’Esprit Saint, fruit d’amour du Père et du Fils. C'était très dur, mais j'étais très bien accompagnée. Oubliée de tous, incomprise !Combattue.

Ce long chemin de solitude a été parsemé, vous pouvez l’imaginer, de très rudes épreuves. Mais je les ai unis à la Croix Glorieuse de Jésus. Là pour moi, ça a été extraordinaire, car Jésus est venu m'instruire. J'ai vraiment uni à sa Croix Glorieuse la souffrance qui fut mienne. J'y ai consenti, je le l'ai acceptée, j'y ai fait face. La très sainte Vierge Marie et Saint Jean m’ont pris la main au pied de la Croix. Avec eux je reposais sur la poitrine de Jésus-Christ et me laissais instruire. Je reçus la grâce d’être consacrée par les trois voeux publics dans les mains de mon évêque le 2 février 2001 et je décidai de dissoudre l’oeuvre missionnaire des Enfants du Cèdre pour éviter la confusion « foi et argent sur la tête des pauvres ». Mon action passait dans un autre ordre de présence.

Un ermite dans notre église catholique devient un être eucharistique, devient hostie livrée pour le monde avec Jésus. Un être de paix, de lumière, puisque l'ermite est revêtu du Christ. Il n'est plus là, tout en étant là. Ce n’est pas l’absence de parole mais l’absence de soi dans la relation à l’Autre. Toute la vie devient prière et on intercède contre le mal dans le monde.

J'étais dans cette croissance personnelle et j'avais décidé d'aller plus loin dans la solitude quand soudain frappe à la porte de l’ermitage Laurence Delacroix, je la cite: « Il y a 14 ans j’ai écouté soeur Brigitte dans une conférence à Angers et ce soir là je rencontrais le Christ Vivant à travers elle et un chemin de conversion s’opéra qui me conduisit à renouer avec les sacrements de notre Eglise catholique. J’ai perdu de vue soeur Brigitte pendant six ans et un jour j’ai entendu le Seigneur me demander de la retrouver afin qu’elle devienne ma mère spirituelle et m’aide à discerner le plan de Dieu dans ma vie. Je l’ai contactée par internet et j’ai pu faire une retraite de 15 jours au Liban. Puis une seconde et enfin je décidai de tout quitter pour suivre Jésus auprès d’elle. Cela fait trois ans que je suis à la Maison de prière Abana dont elle est fondatrice responsable et aujourd’hui nous sommes cinq, trois françaises, une allemande et moi. »

J’ai donc – comme Saint Antoine qui a renoncé à son titre d'ermite pour devenir médecin de toute l'Egypte- renoncé à mon titre canonique d’ermite, ce qui a permis à mon évêque de me nommer responsable de cette Maison de Prière Abana, Notre Père, trois ans ad experimentum.

C'est un lieu de paix où les priants essaient de progresser dans la vie spirituelle pour atteindre l’hésychia, la paix du coeur en communion au Père. Ce qui fonde notre spiritualité est la trithérapie de notre sainte Eglise catholique :

1. La lecture amoureuse manduquée de la Parole de Dieu dans la Bible et plus spécialement dans l’Evangile de Saint Jean.

2. La liturgie sacramentelle : sacrement de réconciliation et eucharistie.

3. Vie fraternelle. Le silence de solitude est primordial pour la prière du coeur et l’étude des textes du Saint Père, et celle de la tradition syriaque.

Nous offrons notre vie pour le coeur de l’Eglise : le Saint Père, les cardinaux et les prêtres, surtout ceux persécutés de la Maison d’Antioche ainsi que pour vous tous afin que vous vous laissiez réconcilier par le Père en Son Fils Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous sauver, nous apporter le salut ! Bien sûr nous pouvons répondre à des missions apostoliques d’évangélisation ponctuelles avec la permission de notre évêque ou envoyées par lui.

Merci de prier pour nous, pour ce Proche Orient si mouvementé que le vieux prof que je suis appelle la phrase complexe : le Sujet=les Juifs, le Verbe= les chrétiens, le complément d’objet direct= les musulmans...afin que tous les priants Fils d’Abraham puissent s’unir dans le combat de la lumière et de la Paix !
! Et demeurons unis en la Présence !

Soeur Brigitte.


Sœur Brigitte et Laurence Delacroix viennent de passer un mois en France, témoignant pratiquement chaque jour de leur engagement et de leur foi. Fin mai elles sont rentrées au Liban pour continuer leur mission avec dynamisme et passion. Deux livres :
Soeur Brigitte, la femme qui soulève des montagnes » de Luc Balbont, paru en 1992 chez Albin Michel. Ce livre vient d'être traduit pour les aveugles et malvoyants: Marie-Françoise Lavigne, 15, Chemin Guilbaud, 38100. Grenoble 1998. « Au-delà du voile... » de Brigitte May, paru chez Téqui à Paris en 1997.
Cc compte rendu a été réalisée avec l’aide de Lyne Ferval

Denise Christiaenssens o.f.s.erm.
ermite franciscaine au Canada
Membre associée de la Maison du Père
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