« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » ( Mt. 25,35)

? Le Priant est un être qui se laisse séduire par Dieu
jusqu’à oser lui donner tout son temps pour l’Adorer dans le secret.

Adorer au nom de tout homme? Devenir feu d’Amour au milieu du monde…..

Intercéder pour les hommes? Le Priant puise dans la sève de latradition au cœur
de l’Eglise etdevient pour elle un chant d’Amourde louange.

A quelques kms deSainte Rafka et du Saint Hardini :

Beyrouth

Byblos

Madfoun Thoum Rachana Kfifen Derya Abana Lieu de désert Toula - Batroun

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Mardi 1er août 2006, fête de l’armée libanaise,

Pauvre Liban qui a misé depuis son indépendance sur une petite armée faite plutôt pour un pays paisible, pacifique et prospère, et non pour se défendre contre les convoitises et les visées expansionnistes de ses voisins !

La surprise de ce matin a été l’opération héliportée d’un commando israélien sur la ville de Baalbeck, aux alentours de l’hôpital de Dar al-Hikmat. Peu après minuit, le commando israélien a mené son opération surprise après avoir couvert le ciel de la région par les chasseurs bombardiers et les hélicoptères. Les israéliens tiraient de tous côtés et étaient accompagnés d’intenses bombardements. Ils ont fini par enlever cinq personnes disant qu’ils sont membres supérieurs du Hezbollah ; mais ils se sont rendus compte bien vite qu’ils sont des bergers ! Ils croyaient savoir que leurs deux soldats enlevés par le Hezbollah étaient soignés dans cet hôpital et voulaient les libérer. L’opération s’est soldée par une vingtaine de victimes, dont trois combattants du Hezbollah et une destruction totale du quartier. En tout cas, nous avons passé une nuit terrible : on entendait l’aviation tonner presque toute la nuit au-dessus de nos têtes, car les bombardiers et les hélicoptères passaient juste à côté de Batroun prenant la grande vallée en montant de la mer jusqu’au Col noir de la chaîne septentrionale des montagnes du Liban (où sont les Cèdres) pour descendre directement sur Baalbeck. C’est le chemin le plus court !
La grande nouvelle de la journée est incontestablement celle du sommet religieux tenu à Bkerké avant midi et réunissant les chefs des communautés libanaises : Le Patriarche cardinal Sfeir, qui accueille ce sommet, le Mufti de la République Mohammad Kabbani, le président du Conseil supérieur chiite Abdel Amir Kabalan, le Catholicos arménien orthodoxe Aram Ier, le patriarche syriaque catholique Ignace Abdel Ahad, le métropolite grec orthodoxe de Beyrouth Elias Audeh représentant le patriarche Hazim, Mgr Salim Ghazal représentant le patriarche grec catholique Laham, Mgr Tyroz représentant le patriarche arménien catholique Bedros, Mgr Georges Saliba représentant le patriarche syriaque orthodoxe Zakka, Mgr Paul Dahdah Vicaire apostolique pour les Latins, le président du Conseil supérieur des Eglises Réformées de Syrie et Liban Dr Salim Sahyouni, le représentant de la communauté druze Cheikh Nouhad Hariz, ainsi que les membres du Comité national pour le dialogue islamo chrétien.
Accueillant le sommet, le patriarche Sfeir a déclaré : « Nous ne doutons pas que le but de ce qui se passe chez nous est de monter les communautés libanaises les unes contre les autres, de distiller dans le peuple les sentiments de haine, de rancoeurs, d’accusations réciproques. Mais le peuple libanais, en dépit de tout, a su faire preuve de solidarité et de sang-froid. Le Liban a été et sera toujours un modèle de convivialité entre diverses communautés religieuses, et il ne fait pas de doute que cette caractéristique gêne ceux qui souhaitent notre disparition…Un cessez-le-feu et un règlement radical de ce problème sont nécessaires. Il faut appuyer les efforts de l’Etat pour étendre son autorité sur l’ensemble du territoire national. Nous estimons que les sept points proposés par le Premier ministre Fouad Siniora remplissent cette fonction ».

A l’issue de la réunion, M. Mohammad Sammak, coprésident du comité, a lu le communiqué final qui affirme :
« A l’heure où le Liban était toujours en train de panser les plaies infligées par la série des guerres de discorde qui ont duré quinze ans (1975-1990),

A l’heure où le Liban était absorbé dans la reconstruction de son infrastructure économique et sociale détruite par ces guerres stériles financées et aiguisées par des forces étrangères diverses.

A l’heure où le Liban a souffert grandement de voir son sol exploité comme arène de batailles pour les guerres des autres.

Et alors que le Liban a réussi à réaffirmer son unité interne et son engagement absolu au service des constantes nationales sur lesquelles il repose, à commencer par la liberté, l’indépendance, la convivialité entre ses multiples familles religieuses,
Le Liban est actuellement l’objet d’une agression israélienne , dont le moins qu’on puisse dire est que sa barbarie et sa capacité de destruction reflètent la haine et le désir de se venger du Liban plus que la volonté de réagir à l’enlèvement de deux soldats israéliens. Ce crime abject perpétré par les Israéliens à Cana dépasse en monstruosité tout ce qui peut s’imager, et incarne cette haine du Liban et des Libanais.

Les chefs des communautés religieuses chrétiennes et musulmanes au Liban réunis en sommet religieux à Bkerké, siège du patriarcat maronite, pour débattre des conséquences de la vile agression israélienne, saluent pour commencer l’Armée libanaise et ses martyrs, en ce jour où elle célèbre sa fête, comme ils saluent la Résistance et ses martyrs, ainsi que les civils innocents qui ont sacrifié leurs vies pour défendre le Liban. Ils implorent de Dieu le Très Haut qu’Il les protège par sa Miséricorde, qu’Il ait compassion de la patrie libanaise et qu’il repousse l’ennemi israélien.

Ils affirment en outre les positions suivantes :

1-Le sommet condamne l’agression israélienne et la considère comme un crime de guerre contre le Liban et les Libanais. Il invite la communauté internationale à œuvrer pour un cessez-le-feu immédiat et à la levée du blocus inique.

2-C’est Israël qui assume la responsabilité morale et matérielle des victimes civiles – familles, hommes, femmes et enfants – tombés durant la guerre, ainsi que des destructions infligées aux habitations, institutions et infrastructures économiques nationales, et il doit en répondre devant les instances internationales.

3-La société civile, dans toutes les composantes communautaires et régionales du Liban, s’accorde à reconnaître aux populations déplacées le droit d’être accueillies et aidées, afin que leurs épreuves soient allégées le plus possible. Elle considère en outre que l’agression est dirigée contre tous les Libanais qui sont unanimes dans la manifestation de leur loyauté à l’égard de leur patrie, et qui tiennent à ce que toutes les décisions reflètent cette loyauté et que les intérêts supérieurs de l’Etat soient ménagés.

4-Le sommet exprime son attachement à l’unité nationale comme garante de l’existence du Liban, État et société. Il avertit que l’agression israélienne vise à porter atteinte à cette unité, et à pousser le Liban et la région arabe tout entière à une discorde qui n’épargnera rien ni personne. L’unité nationale est et restera la base fondamentale de la résistance à l’occupation israélienne dont le Hezbollah, qui représente un pan fondamental de la société libanaise, incarne l’une des composantes.

5-Le sommet appuie les efforts de l’État, représenté par le Conseil des ministres, auprès des instances internationales concernées pour rétablir la souveraineté libanaise et l’étendre sur l’ensemble du sol national, de l’espace aérien et des eaux territoriales. Il demande en particulier un retrait israélien immédiat des fermes de Chebaa, et l’adoption du plan en sept points défini par le Premier ministre à Rome et approuvé à l’unanimité par le Conseil des ministres (…).

6-Le sommet insiste sur le principe de l’égalité en droits et en devoirs devant la loi de tous les Libanais et demande son application à tous, sans discrimination ni favoritisme (…). Le rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du pays est la constante nationale qui unit les Libanais, qui y trouvent leur salut et leur garantie contre les maladies des divisions et de la discorde.

7-Le recouvrement par l’État de son entière souveraineté et de ses responsabilités sur l’ensemble du territoire libanais constitue le socle national rassemblant tous les Libanais, qui y trouvent leur salut par l’extension de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire et sur tous les plans, politique, sécuritaire, judiciaire et social, conformément à l’esprit et à la lettre de l’accord de Taëf, dont toutes les clauses doivent être appliquées, et l’engagement à partager la décision nationale et de réserver cette décision à la seule autorité libanaise, la remise en vigueur de l’accord de cessez-le-feu de 1949 par une résolution du Conseil de sécurité, ce qui privera Israël de tout prétexte pour attaquer de nouveau le Liban et son peuple.

8-Le sommet demande aux pays frères et amis qui appuient la cause juste du Liban d’œuvrer avec les institutions humanitaires spécialisées à mettre au point un plan extraordinaire pour la reconstruction de ce que l’ennemi israélien a détruit ».

Ce sommet est venu juste à point pour redonner du moral aux Libanais, tous les Libanais chrétiens et musulmans, et confirmer l’unité nationale qui s’est soudée depuis le début de cette guerre destructrice et meurtrière. Tous les Libanais, après avoir accueilli avec grande satisfaction la nouvelle du sommet à Bkerké, étaient collés à leurs postes de télévision pour écouter « religieusement » le communiqué que lisait par M. Sammak, homme réputé par sa modération et son ouverture. Il nous a donné une bouffée d’oxygène dans une marée de nouvelles et d’images asphyxiantes ! Nous continuerons à résister et à défendre nos droits à avoir un pays libre, souverain et paisible ; un Pays-Message !

Sur le terrain, l’offensive terrestre s’est considérablement intensifiée à la frontière. Les Israéliens, voulant avancer à tout prix, ont ouvert quatre nouveaux fronts à Taïbé, Kfarkila, Adeissé et Aïta el-Chaab. De très violents combats avaient lieu le long de la journée. Mais les bombardements n’ont pas cessé, notamment sur la région de Tyr et Baalbeck.

Concernant la diplomatie, les ministres des Affaires Etrangères de l’Union européenne se sont retrouvés en réunion extraordinaire pour débattre de la position à prendre vis-à-vis de la guerre en cours au Liban. La présidence finlandaise de l’UE avait proposé que l’Union appelle à un « cessez-le-feu immédiat » ; mais cette expression qui devait être approuvée à l’unanimité, a été rejetée par plusieurs capitales proaméricaines comme Londres, Berlin, La Haye, Varsovie et Prague qui préféraient préconiser une « cessation immédiate des hostilités en vue d’un cessez-le-feu durable » ; car « l’appel à un cessez-le-feu immédiat brûlait les étapes, les conditions politiques n’étant pas réunies ». Mais la France n’a pas baissé les bras ; M. Douste-Blazy S’est félicité cependant que l’UE « ait su parler d’une seule voix ». « C’est une étape importante, a-t-il ajouté. L’Union européenne vient aider la résolution proposée par la France au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Après la cessation des hostilités, il faut réunir les conditions d’un accord politique indispensable pour obtenir un cessez-le-feu durable ».

Entre temps, les sudistes continuent de fuir par dizaines de milliers craignant les menaces israéliennes.

19h45 : On m’appelle de Beyrouth pour me dire que deux familles, du nom Chalhoub, rescapées dimanche du massacre de Cana, cherchaient un appartement à louer à Batroun. J’étais dans la montagne en pleine tournée. Mais il m’a suffi d’un coup de fil pour leur trouver ce qu’il faut.

Mais il fallait accueillir les familles qui arrivaient complètement démunies.

23h15 : Je rentre d’une longue tournée dans le diocèse. J’ai été même jusqu’à la montagne, à Tannourine, (1400 m. d’altitude), où l’on ne pensait pas que des réfugiés puissent arriver. Or, il y a des centaines, chrétiens et musulmans, logés dans des écoles, des salles paroissiales, des salles de clubs sportifs, ou chez des particuliers ; des familles échappées à la hâte de leurs maisons pour trouver n’importe où un refuge. Il suffisait de les entendre raconter l’enfer qu’ils viennent de fuir ! Que de souffrances !

J’étais accompagné des jeunes qui se chargent de distribuer l’aide humanitaire de tous genres ; ils représentent tous nos mouvements d’Eglise, nos associations et nos clubs. Ils sont tellement motivés qu’ils trouvent du plaisir et éprouvent une joie profonde en se dévouant et en apportant ce qu’ils ont à disposition « à l’un de ces plus petits, frères de Jésus » ! (Mt 25,40). Ils sont sûrs, en tout cas, d’apporter leur cœur !
En fin de tournée, je suis passé à notre siège central, à Batroun, où l’on dépose l’aide qui nous arrive. Grande surprise ! Le centre est déjà rempli ! Et pourtant on l’avait vidé avant de partir ! L’aide nous arrive de partout ; mais surtout des gens sur place qui ne cessent de répondre à notre appel en apportant tout ce qu’ils peuvent et de toute nature : draps, vêtements et souliers (surtout des neufs, offerts ou achetés directement dans les magasins), nourriture, médicaments, jouets …
Seigneur, comment ne pas vous rendre grâce pour ce que nous vivons au milieu de la tempête ! Dans ma prière de la nuit, je vous louerai pour m’avoir gardé ici au milieu de mon peuple !

Mercredi 2 août 2006, fête de Saint Etienne

6h00 : ma méditation de ce matin, avant d’aller célébrer l’eucharistie, est centrée sur la « lapidation d’Etienne » (Actes7, 54-60) : « Tandis qu’ils le lapidaient, Etienne prononçait cette invocation : Seigneur Jésus, reçois mon esprit. Puis il fléchit les genoux et lança un grand cri : Seigneur, ne leur compte pas ce péché ».

Je voudrais dire avec Saint Etienne, et au nom des enfants de Cana : Seigneur, ne leur compte pas ce péché ! Nous sommes les fils du Père, les frères et les disciples de Jésus. Nous sommes capables de pardonner. Notre Amour est beaucoup plus grand que leur haine ! Y aura-t-il peut-être des Saul parmi eux qui se convertiront en Paul ! Nous sommes sûrs, en tout cas, que le sang des martyrs est la semence pour un nouveau Liban !

12h30 : le secrétaire du Patriarcat maronite, Mgr Joseph Taouk, lit à la presse le communiqué de la réunion mensuelle de l’Assemblée des Evêques maronites tenue à Dimane sous la présidence du Patriarche Sfeir.

Il est dit :

« 1- La situation qui s’aggrave impose à tous de faire preuve de retenue et de s’abstenir de tout propos ou acte susceptible de nuire à l’unité nationale. Nul d’entre nous n’ignore que cette unité est notre arme la plus efficace dans la guerre féroce menée contre le Liban.

2- Les pertes considérables humaines et matérielles contraignent tous les Libanais à se ranger derrière l’Etat, seul à même de défendre les droits de la nation et de ses fils et de garantir à ces derniers leur avenir.

3- La communauté internationale et en particulier les Nations Unies observent avec inquiétude ce qui se déroule au Liban. Elles sont appelées à imposer un cessez-le-feu immédiat, épargner au Liban davantage de victimes et de pertes, rejeter tout obstacle entravant le retour des déplacés chez eux et les aider à reconstruire sans délai leurs villes et villages.

4- Les Pères font leur la déclaration du sommet religieux réuni hier à Bkerké qui a eu des échos favorables au Liban et à l’extérieur.

5- Le projet de nouveau système mis au point par les parties concernées pour le Proche-Orient n’est pas de nature à modifier la donne au Liban sur le plan de la composition démographique et de la convivialité, sauf si une fraction de ses fils prend le dessus sur l’autre et la met à l’écart. Auquel cas, c’est le Liban en tant que message et modèle qui serait mis à l’écart.

6- Les Pères attirent l’attention sur les habitants de la zone frontalière restés sur place et qui ont un besoin urgent d’aide humanitaire. Il semble que les organisations concernées ne parviennent pas à les atteindre facilement. C’est pourquoi les Pères exhortent les autorités concernées à répondre à leurs appels ».

Sur un autre plan, le ballet diplomatique s’intensifie à Beyrouth. Les ministres des Affaires Etrangères égyptien, jordanien et espagnol sont à Beyrouth pour succéder au ministre français qui s’active sur tous les fronts.

Le ministre égyptien, M. Abou el-Ghaith, a souligné qu’il « n’existe aucune caution arabe à l’offensive israélienne au Liban, mettant l’accent sur la volonté égyptienne de parvenir rapidement à un cessez-le-feu ». Et tout ce ci pour répondre aux accusations adressées par des Libanais aux Pays arabes restés en silence face au drame du Liban.
Le ministre jordanien, M. Khatib, a réaffirmé de son côté « le soutien de Amman à la position prise et aux efforts déployés par le gouvernement libanais pour parvenir à un cessez-le-feu. Par cette visite, la Jordanie veut manifester son soutien total au Liban et au plan de paix de M. Siniora ».

Quant au ministre espagnol, M. Moratinos, il a insisté sur la nécessité « que le Hezbollah et Israël acceptent un cessez-le-feu dès que la décision du Conseil de Sécurité aura lieu. Il est essentiel que toutes les parties qui participent au conflit acceptent la légalité internationale représentée par le Conseil de Sécurité ». On a su par ailleurs que Mme Condoleeza Rice a donné son accord pour une visite à Damas du ministre espagnol ! M. Moratinos s’est rendu, en effet, à Damas où il a rencontré son homologue syrien, M. Moallem, malgré les « critiques acerbes de Washington » (est-ce pour l’apparence ?). Il a transmis au régime syrien un message au nom de l’Union européenne qui affirme en substance : « laissez le Liban décider son sort et appliquer le plan Siniora ». En tout cas rien n’a filtré officiellement de la rencontre.
Sur le terrain, les bombardements israéliens se poursuivent en s’intensifiant sur toute la zone frontalière, la ville de Tyr, la Banlieue sud de Beyrouth et Baalbeck ; ils ont atteint même le Akkar, extrême nord pour détruire plusieurs ponts sur la route internationale du littoral. De l’autre côté, les tirs de missiles du Hezbollah continuent sur l’intérieur d’Israël.

On a compté 320 missiles pour la seule journée d’aujourd’hui.

Jeudi 4 août 2006,

Nous notons en matinée la visite de l’ambassadeur des Etats-Unis, M.Jeffrey Feltman, à Dimane où il a eu un entretien d’une demi heure avec Sa Béatitude le Patriarche Sfeir. A sa sortie, il a lu une note écrite : « Ma dernière visite ici s’est effectuée à un moment heureux. Ce jour-là, c’était l’été dernier, le Parlement avait franchi un pas significatif en direction de la réconciliation nationale et l’unité, en votant la loi d’amnistie. Je viens aujourd’hui à Dimane avec une profonde tristesse au cœur, à cause des développements dramatiques des dernières semaines. Je suis profondément désolé pour le sang innocent répandu dans ce conflit terrible, et je compatis à l’immense déception des Libanais dont les rêves de stabilité, d’unité et de prospérité ont été si durement compromis. Le sommet islamo-chrétien qui s’est tenu à Bkerké nous remet à l’esprit la grande tradition libanaise de tolérance religieuse et de convivialité. Le message des chefs religieux est une source d’inspiration pour tous. Le Liban est et demeurera la patrie de la liberté, de la démocratie et des droits de l’homme… ». Oui, Merci !

A New York, on a su que le nouveau projet de résolution proposé par Paris est toujours à l’étude. Mais un rapprochement entre les deux points de vue français et américain se concrétise, et l’on nous promet une décision de cessez-le-feu dans les prochains jours !
Entre temps, les combats font rage autour des 4 axes frontaliers, et les bombardements israéliens n’ont pas cessé.

En soirée, M. Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, est apparu à la télévision pour faire une déclaration musclée mais avec un ton très calme : « La Résistance a montré sa capacité é détruire un grand nombre de chars et de blindés israéliens qui sont parmi les plus modernes. Les moujahidins combattent en hommes déterminés et prêts au sacrifice. Cela a constitué une surprise pour l’ennemi… Tout le territoire libanais est déjà la cible de bombardements israéliens. Mais je leur dis : vous menacez de bombarder notre capitale ; dans ce cas nous bombarderons la capitale de votre entité agressive… Le président Bush est responsable de tout ce qui se passe depuis le début de l’offensive israélienne. Olmert et son armée ne sont que les instruments… Je dis aux Libanais : n’oubliez pas que c’est cela l’Administration américaine qui se dit l’amie du Liban, et qui dit vouloir que le Liban soit un exemple au Proche-Orient. Le Liban ne sera ni américain ni israélien, ni un point d’ancrage pour ce que souhaitent (le président) Bush et (la Secrétaire d’Etat) Rice… ».


18h40 : je viens de rentrer d’une tournée dans les centres d’accueil de la montagne qui se remplissent de jour en jour. Là aussi, j’ai vécu de nouvelles expériences qui remontent le moral. Juste avant de descendre, j’étais au village de Kfarhelda dans un grand immeuble où logent six familles du nom de Hammadé et Arab. L’accueil fut très émouvant. A peine ils m’ont vu, en prêtre, ils m’ont embrassé en criant : « Abouna (Père), nous sommes une famille antonine ! Oui, antonine, puisque nous avons tous été éduqués chez les sœurs antonines de Nabatiyeh ». (Les sœurs antonines maronites tiennent, en effet, un lycée dans cette ville frontalière chiite depuis de longues années, et font un travail extraordinaire. Je les avais visitées à plusieurs reprises pour les encourager dans leur mission. Leur lycée compte plus de 3200 élèves, tous chiites à l’exception de quelques chrétiens). Nos trois filles viennent de passer leur bac fin juin avec grand succès. Nos quatre jeunes garçons et filles que vous voyez devant vous sont actuellement à l’Université Antonine à Beyrouth. Ils sont tous membres de Caritas Liban et ont participé activement à Nabatiyeh et Sayda à la Collecte annuelle de Caritas en mars et avril derniers ! (J’avais avec moi le responsable diocésain de Caritas). Nous vous assurons, Abouna, que les sœurs nous ont acquis à la charité chrétienne. Nous les admirons pour leur courage et leur témoignage. La preuve est qu’elles sont restées sur place avec des dizaines de personnes dans l’abri du lycée, alors que nous, nous avons fui ! Comment pouvons-nous oublier leur abnégation et leur charité gratuite ? Priez pour que nous rentrions très vite dans nos maisons même détruites ! ».

22h15 : Je rentre au presbytère après avoir célébré la Messe de 19h00 et la procession du Saint Sacrement et vécu deux heures d’adoration intenses. La cathédrale était pleine de fidèles venus prier avec la congrégation du Sacré-Cœur, comme tous les jeudis ; ils étaient même plus nombreux, malgré la chaleur (33°) et l’humidité très forte. J’avais choisi pour thème : « De l’affliction à la joie » (Jn 16, 16-24). « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous allez gémir et vous lamenter tandis que le monde se réjouira ; vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie. Lorsque la femme enfante, elle est dans l’affliction puisque son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de son accablement, elle est toute à la joie d’avoir mis un homme au monde. C’est ainsi que vous êtes maintenant dans l’affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre cœur alors se réjouira et cette joie nul ne vous la ravira ».


« En méditant ces paroles, ai-je expliqué, je renouvelle ma foi. Oui, je crois fermement en Jésus Christ, mon Seigneur et mon Dieu, mort et ressuscité pour nous procurer la Vie et la Joie. Je crois que nous sommes en train de vivre les douleurs et les gémissements de l’enfantement du Nouveau Liban. Mes paroles peuvent paraître absurdes en ces temps d’épreuve insupportable où le Mal semble triompher, comme à la mort de Jésus sur la Croix. Mais non ; Jésus a triomphé de la mort et nous a donné la Vie. C’est maintenant que nous avons à professer notre Foi avec courage et ténacité et la vivre en témoignant de l’Espérance qui nous habite ! C’est maintenant que nous avons à résister et à persévérer jusqu’à l’enfantement ; et alors nous oublierons notre accablement ! ».

Vendredi 4 août 2006,

7h30 : je viens de terminer la célébration de la Messe à l’hôpital de Batroun. Et juste avant de commencer la tournée des malades, des bombardements proches tonnent à nos oreilles. On saute à la télé : les israéliens viennent de bombarder le grand pont de Mameltein, juste à côté du Casino du Liban, coupant l’autoroute vers Beyrouth. Trois minutes après, ils bombardent le pont de Halate, à l’entrée de Jbayl ; trois minutes après, c’est le tour du pont de Madfoun, à l’entrée de Batroun et de la région du Liban-nord.

Il est 7h40 exactement. J’assiste en direct à l’événement, car de l’hôpital je vois Madfoun. On s’attendait à cette frappe ! On en parlait d’ailleurs depuis quelques jours ! Dix minutes après, les ambulances de la Croix Rouge arrivent à toute vitesse à l’hôpital. Je descends à l’urgence pour aider à accueillir les blessés. Quelle ne fut pas ma surprise en reconnaissant parmi eux ma cousine Marie-Rose, la soeur du Père Boutros, et son mari Antoine. Elle s’est jetée dans mes bras ne tenant pas le coup et tombant en pleurs. Elle n’avait rien fort heureusement, mais elle était encore sous le choc car son mari a été grièvement blessé à l’épaule par un éclat de bombe ! Il y a trois victimes, dont un soldat, et une dizaine de blessés. L’urgence est déjà toute maquillée de sang. Les médecins se sont précipités et ont commencé leur travail. Notre Antoine est encore éveillé et doit subir une opération ; mais les médecins, dont un cousin, m’ont assuré qu’il s’en tirera. Les autres blessés aussi, à l’exception d’un seul qui est vraiment déchiqueté et devrait être probablement amputé des jambes !
Seigneur, pourquoi toute cette violence aveugle et inadmissible ?

Toutes ces victimes innocentes sont-elles des moujahidins du Hezbollah ? Ou bien est-ce la volonté de tuer et de détruire pour faire peur ?

Une demi-heure après, j’ai réussi à calmer Marie-Rose et à appeler la famille et surtout à parler avec Père Boutros à Paris !
Marie-Rose travaille en effet à l’hôpital de Notre Dame de secours à Jbayl, et son mari au ministère des télécommunications au bureau de Jbayl. Ils ont l’habitude de prendre tous les matins ce chemin et à cette heure-ci pour être à leur travail à 8h00. Le bombardement a eu lieu quand ils venaient de passer sous le pont. Un éclat d’obus est passé dans la voiture entre les deux atteignant le bras droit d’Antoine. Miraculeusement, ils sont restés en vie. Ils n’ont pas cessé de prier.


A 12h15, je rentre au presbytère après avoir fait le tour de l’hôpital et de la ville de Batroun. Les gens sont affolés ; ils se sont précipités aux stations d’essence pour faire le plein et aux supermarchés pour se munir de provisions ! Je devais les calmer et leur donner du moral ; une tâche difficile à un moment pareil ! A 10h30, il n’y avait presque plus personne dans les rues. Batroun, ville déserte ! Du jamais vu ! Ils ont peut-être raison. Les Israéliens, en bombardant les trois ponts plus importants sur l’autoroute Tripoli-Beyrouth, ont réussi à détruire les artères principales et coupé toute communication et surtout l’acheminement de l’aide humanitaire par voie terrestre entre Tripoli et Beyrouth ! On m’a appelé à la sous-préfecture. C’est le cas depuis le début de la guerre, car on coordonne tout ensemble. Je me présente. Mme le sous-préfet voulait me parler au téléphone : « Je ne viens pas au bureau ce matin, ni les employés, a-t-elle dit. Vous pouvez gérer la situation avec les officiers de la gendarmerie et de l’armée ! ». Ils étaient en effet débordés par le fait des conséquences du bombardement de Madfoun : accueillir les familles des victimes et des blessés et les tranquilliser, ainsi que les réfugiés qui arrivaient à Batroun.

Nous avons réussi la tâche.


Les bombardements israéliens n’ont pas cessé, et les chasseurs bombardiers ne se sont pas contentés de détruire les quatre ponts de ce matin faisant cinq victimes et 18 blessés, mais ils ont provoqué un nouveau massacre à la localité frontalière libano-syrienne de Kaa. Le raid a visé le bâtiment des douanes et un bâtiment attenant contenant une chambre frigorifique faisant plus de 40 morts et autant de blessés ! Le raid est intervenu alors que des ouvriers employés d’une exploitation agricole libanaise triaient fruits et légumes dans une chambre froide et remplissaient un camion frigorifique stationné près des douanes.

Un premier raid avait visé auparavant l’exploitation agricole elle-même.


Sur le front sud, de violents combats continuent d’opposer les combattants du Hezbollah à l’armée israélienne à Taïbé, Aïta el-Chaab et Bint Jbayl. Le Hezbollah continue de son côté de tirer des roquettes et des missiles sur différentes localités israéliennes, dont celle de Hadera non loin de Tel-Aviv.
1930 : je viens de terminer une tournée dans Batroun ; la vie revient petit à petit, mais les gens restent attentifs et n’osent pas trop se montrer.

Samedi 5 août 2006,

6h00 : les nouvelles de ce matin nous rapportent qu’un commando israélien a échoué une opération héliportée à l’entrée nord de la ville de Tyr. A 3h30, et après des bombardements intenses, des soldats israéliens, portant la tenue de l’armée libanaise, sont venus par les champs d’orangers et de bananiers vers le poste de garde de l’armée libanaise à l’entrée de Tyr. Les reconnaissant, l’armée a réagi et les combattants du Hezbollah aussi. De violents combats ont eu lieu. Les israéliens ont usé de leurs forces de frappe aérienne pour couvrir leur retrait emportant un soldat mort et des blessés. Le bilan de l’opération est de sept victimes, dont un soldat libanais, vingt blessés et énormément de destruction.

A midi, j’ai eu une réunion avec les responsables des mouvements de jeunes qui assurent la permanence dans les centres d’accueil pour échanger nos expériences et mettre au point le programme qui assurera la constance dans notre action. Il fallait écouter nos jeunes témoigner de ce qu’ils vivent et avec quel enthousiasme ! Ils sont prêts à prêter leurs services à leurs frères et sœurs réfugiés. « Il y a un lien d’amitié qui est né entre nous », ont-ils affirmé, « notamment avec les enfants et les jeunes qui se sont attachés à nous et nous-mêmes à eux ».

Durant la journée, les bombardements n’ont pas cessé atteignant aussi le Akkar dans le nord et la Békaa et détruisant des ponts reliant le nord au Mont Liban et la Békaa avec le Mont Liban et Beyrouth. Le Liban est coupé désormais en pièces détachées sans possibilité de communication entre elles!

Le bilan de vingt-cinq jours de guerre est déjà très très lourd : 993 victimes recensées jusqu’à maintenant, 3322 blessés, près d’un million de réfugiés et énormément de destructions ! Et l’on nous annonce qu’une première ébauche de solution franco-américaine est déjà mise au point à New York.

Attendons voir.

Le projet de résolution se précise de plus en plus à New York, alors que le secrétaire d’Etat adjoint américain, M. David Welch est arrivé à Beyrouth. Il a eu des entretiens avec le président de la Chambre, M. Berry, et le Premier ministre, M.Siniora, avant de rencontrer des leaders du 14 mars au domicile de la ministre des Affaires sociales, Mme Moawad. Ses pourparlers avec les responsables libanais ont achoppé sur la rapidité du retrait des troupes israéliennes. M. Welch a affirmé que les « Etas-Unis sont déterminés à clore pour toujours l’actuelle période de violence au Liban », plaidant pour le déploiement de force internationale et un accord politique.

En fin d’après-midi.

Le Conseil des ministres s’est réuni, présidé par le président de la République, pour suivre les débats en cours au Conseil de Sécurité. En fin de séance, le gouvernement a décidé de se rabattre, comme position ferme et non négociable, sur le projet de règlement en sept points présenté par le Premier ministre à la Conférence de Rome ; projet qui depuis a été adopté par le gouvernement, le sommet religieux de Bkerké et l’Organisation de la Conférence islamique à Kuala Lumpur.


Dimanche 6 août 2006,

fête de la Transfiguration de Notre Seigneur Jésus Christ sur le Mont Hermon (dit-on), au sud du Liban, où se déroulent actuellement les combats les plus violents ! Il avait donné à Pierre, Jacques et Jean un avant goût de la Gloire qui les attendrait au Royaume. « Il est bon que nous soyons ici », lui dit Pierre. Mais ils ont du revenir sur terre pour continuer leur vie, porter leur croix et mériter cette Gloire.
Saint Etienne, que nous venons de fêter, a su mériter cette Gloire en se sacrifiant pour sa foi en Jésus Christ et en devenant le premier martyr. Il faut dire que les enfants de Bethléem l’avaient précédé ! Les enfants de Cana l’ont suivi en devenant les offrandes pour le sacrifice du Liban. Ils sont morts pour que le Liban continue de vivre et d’être un « Pays-Message » !

Nous passons par des jours difficiles, très difficiles. Mais nous savons que les jours qui viennent nous porteront la paix, la joie, la dignité et la liberté ; et ces valeurs « nul ne nous les ravira » ! (Jn 16,22).


A 9h00, nous avons célébré, à l’invitation des jeunes du Mouvement Marial, la Messe pour la Paix au Liban et au Proche-Orient. La cathédrale était pleine de monde. Les enfants sont entrés avec, à la main, les pièces en couleur du puzzle de la carte géographique du Liban ; ils les ont collés sur un grand tableau dressé à droite de l’Autel. Ils ont voulu exprimer leur volonté de reconstruire le Liban détruit par la haine et la violence, pièce par pièce et région par région ! Quel témoignage de volonté, de solidarité et de foi inébranlable ! A l’offertoire, ils ont porté une cuvette remplie de terre du Liban pour nous rappeler que c’est une terre sainte, un cèdre du Liban pour nous rappeler qu’il est toujours vert et qu’il a résisté à des milliers d’invasions, une colombe pour nous rappeler la Paix à venir, et enfin le pain et le vin fruit du travail de nos pères et mères dans la dignité. A la prière des fidèles, deux de nos jeunes qui assurent la permanence dans les centres d’accueil ont donné leur témoignage poignant qui a ému tout le monde. Bref Nous avons « vécu » une Eucharistie à l’image de celle des premiers chrétiens ! Seigneur nous te rendons grâce en ce jour de la transfiguration.

Le projet de résolution franco-américain est remis au Conseil de Sécurité pour être débattu. Les réactions ne se sont pas fait attendre. La première est venue du président de la Chambre. M.Berry a tenu une conférence de presse pour annoncer « l’opposition de tout le Liban, sans exception aucune » à ce projet. « Le Liban rejette tout document qui n’est pas compatible avec le plan de paix en sept points » du Premier ministre, estimant que le projet de résolution franco-US « ramène le pays à la période antérieure au 24 mai 2000 » (date à laquelle Israël a retiré ses troupes du pays), « mais sans les arrangements d’avril »1996. Il a rejeté d’emblée le texte soumis au débat.

A Paris, le Quai d’Orsay, par la voix du ministre Douste-Blazy, a assure avoir « pris note » des demandes du Liban. « On a pris note bien sûr des demandes du Premier ministre libanais que j’ai eu il y a quelques heures au téléphone », a-t-il déclaré, soulignant toutefois qu’il fallait que le Liban comprenne qu’un accord « ne se fait qu’à deux ». Tout de suite après, le président Chirac a déclaré que « la résolution soumise au Conseil de Sécurité doit prendre en compte les préoccupations de tous ».

D’un autre côté, le ministre syrien des Affaires Etrangères, M. Moallem, et précédant la réunion ministérielle des pays arabes qui se tiendra demain à Beyrouth, est arrivé à Beyrouth. Après avoir rencontré les trois présidents de la République, de la Chambre et du Conseil des ministres, il a exprimé son soutien « infaillible » au Hezbollah et souligné l’opposition de la Syrie au projet de résolution « qui mènerait droit à une guerre civile au Liban ».

Sur le terrain, le Hezbollah a bombardé un campement militaire israélien à proximité de la ville de Kyriat Shmona faisant douze tués dans les rangs des soldats. Les représailles israéliennes ne se sont pas fait attendre ; l’aviation a bombardé le sud, la banlieue sud de Beyrouth et la Békaa faisant dix tués et plusieurs blessés, et détruisant encore des routes reliant la Békaa à Beyrouth et le Nord.
16h35 : Je viens de rentrer d’une tournée dans le diocèse. Je suis arrivé jusqu’à Tannourine où j’ai rencontré les curés et discuté avec eux la situation des réfugiés dans leurs paroisses et de la possibilité d’acheminer l’aide humanitaire jusqu’à la montagne. Ce qui m’a frappé, en effet, c’est que je n’ai quasiment pas croisé de voitures ! Les gens se cantonnent chez eux à cause de la pénurie d’essence qui s’aggrave de jour en jour. Nous réussissons à en avoir encore un peu, par des amis propriétaires de stations d’essence, mais juste pour assurer l’acheminement des provisions à nos centres d’accueil.

Lundi 7 août 2006,

L’aviation n’a pas cessé la nuit de tourner au-dessus de nos têtes. Les Israéliens préparent-ils une riposte ?

Je commence la journée tôt comme d’habitude : à 5h00, j’effectue ma marche matinale en priant mon rosaire ; puis je prépare la Messe de 7h00 que les fidèles vivent avec nous intensément. Ils prient et espèrent à chaque jour qui se lève que la paix reviendra !

A 10h30, j’ai effectué une tournée dans les centres de Batroun avec notre Evêque Mgr Saadé. Il a été doublement impressionné, par nos jeunes si enthousiastes d’être là et de vivre une expérience inégalable, d’un côté, et de l’autre par la réaction des déplacés qui lui ont raconté leurs dures épreuves et l’accueil fraternel qu’ils ont trouvé auprès des Batrounais, insistant sur le fait que l’épreuve nous a réuni et que « nous n’aurons désormais qu’une seule appartenance, celle du Liban ». De son côté, Mgr Saadé a confirmé notre unité et notre solidarité et a souhaité que la guerre se termine au plus vite pour permettre à chacun de regagner sa terre et que nous puissions reconstruire dans le même élan de solidarité notre cher pays.

13h00 : Le sommet des ministres des Affaires Etrangères des pays de la Ligue arabe est réuni à Beyrouth en séance extraordinaire pour discuter du « soutien à donner au Liban » en ce moment très critique de son histoire. Les ministres sont au complet ; 22 pays sont représentés autour du Secrétaire général de la Ligue arabe, M.Amr Moussa. Ils étaient arrivés à l’aéroport de Beyrouth à bord de trois avions, à l’exception du ministre syrien M. Moallem, et un autocar les a amenés au Grand Sérail, au Centre ville.

C’est le Premier ministre, M.Siniora, qui a ouvert la séance en lisant son texte d’un ton posé mais très ému, et retenant ses larmes à deux reprises. Il a fermement demandé l’appui du monde arabe au Liban, affirmant rester attaché au plan en sept points entériné par son gouvernement et par le sommet religieux de Bkerké. « Nous voulons l’appui des Arabes, du monde islamique, du monde chrétien et de toute la communauté internationale pour arrêter l’agression, préserver l’indépendance et la souveraineté du Liban.

Nous voulons cet appui pour sauver ce modèle unique qu’est le Liban ; nous voulons sauver la formule de convivialité libanaise, ce message de stabilité, de pluralisme, d’ouverture et de modération qu’est le Liban… Le Liban est déterminé cette fois-ci à ne plus jamais être une arène pour les tiraillements régionaux, quels que soient leurs justifications et leurs mobiles…

Le Liban, dans sa composition sociale et politique, ne peut plus supporter la répétition de ces invasions, agressions, conflits et tutelles locales, régionales ou internationales… Nous demandons que soient adoptée aujourd’hui une position arabe, nette et unifiée, en vue d’obtenir une modification du projet de résolution franco-américain présenté au Conseil de Sécurité, afin de permettre un règlement durable respectant la souveraineté et la stabilité du Liban. Il est impératif que l’ennemi israélien mette un terme à ses actes d’agression et, simultanément, se retire immédiatement, remette les territoires qu’il occupe à une force internationale, échange ses prisonniers et signale les champs de mines… La confiance avec laquelle je m’adresse à vous est fondée (là il a peiné à retenir ses larmes) sur le chagrin des veuves, des enfants disparus, et les pleurs des personnes déplacées, sur toutes les leçons de cet échec qui a fait reculer notre pays, le Liban, de plusieurs décennies… Nous ne sommes pas satisfaits du projet de résolution en cours de discussion à l’ONU, et votre appui est un droit et un devoir. La sécurité arabe est une et indivisible, et l’avenir arabe est un et indissociable… (Et la voix brisée par l’émotion, il a affirmé) L’arabité du Liban n’est pas à mettre en doute ». (Applaudissements des présents). Il a en outre insisté à plusieurs reprises dans son discours sur le fait que le secteur des fermes de Chebaa, occupé par Israël, devait être mis sous la juridiction de l’ONU avant leur retour sous souveraineté libanaise, et ce pour retirer au Hezbollah tout prétexte de poursuivre la résistance.


Le discours terminé, les ministres présents l’ont applaudi debout de longues minutes. Il a vraiment excellé ! Il a parlé au nom de tous les Libanais ! Je crois que tous les Libanais, y compris ceux du Hezbollah, attendaient ce discours et le suivaient attentivement. On peut être satisfait. On voudrait vraiment rêver à un Liban pacifique qui ne serait plus le théâtre d’invasions, d’agressions ou de conflits des autres. Un Liban à la Suisse qui jouit d’une neutralité reconnue par les Nations Unies et le concert des nations, notamment les voisines !


La conférence s’est poursuivie à huis clos, et s’est terminée par un déjeuner offert par M. Siniora. Les ministres arabes ont quitté aussitôt Beyrouth, car dit-on, les israéliens avaient autorisé le décollage des avions à partir de l’aéroport de Beyrouth jusqu’au coucher du soleil !
Il n’y a pas eu de communiqué final ; mais c’est M. Siniora qui a tenu une conférence de presse aussitôt pour affirmer que « les ministres des Affaires Etrangères des 22 membres de la Ligue arabe, réunis à Beyrouth, ont apporté un soutien complet, complet, complet aux sept points adoptés par le gouvernement libanais ». Il a mis en garde contre « les conséquences sur l’unité et la stabilité du Liban d’une résolution inapplicable qui gèlerait la situation sur le terrain et ne tiendrait pas compte des intérêts du Liban ». Enfin « le sommet a décidé qu’une délégation, composée du secrétaire général de la Ligue arabe et du ministre des Affaires Etrangères du Qatar, qui représente les pays arabes au Conseil de Sécurité de l’ONU, se rendra dès ce soir à New York afin de tenter d’obtenir une modification du projet de résolution franco-américain ». Il a enfin précisé qu’un « sommet arabe sur le Liban pourrait se tenir à Djeddah (en Arabie Saoudite) si les consultations à ce sujet étaient positives ».

J’ose espérer que la diplomatie prend le bon chemin !

En début de soirée, le Conseil des ministres s’est réuni au Grand Sérail sous la présidence du Premier ministre. Après de longs débats qui ont fait suite au sommet des ministres arabes des Affaires Etrangères, il a pris une décision qu’on peut considérer historique et qui est celle de déployer l’armée libanaise – il a parlé de quinze mille soldats – au Liban-sud une fois que les forces israéliennes se seront retirées des régions qu’elles ont occupées depuis le 12 juillet. Cette décision a été prise à l’unanimité, donc avec le consentement des ministres du Hezbollah et Amal ; ce qui lui donne une grande marge de crédibilité vis-à-vis du Conseil de Sécurité et des Pays qui nous aident à sortir de ce dilemme. Le gouvernement a voulu manifestement adresser à la communauté internationale, à la veille du débat au Conseil de Sécurité, un message clair portant sur sa détermination à mettre en application le plan en sept points. Cette décision revêt, en effet, un caractère historique à double titre. Elle met d’abord en évidence l’unité de tous les Libanais derrière leur gouvernement qui confirme sa détermination à interdire toute présence militaire illégale au sud dans le cadre du plan en sept points. Ce déploiement fera ensuite restaurer l’autorité et la souveraineté total du pouvoir central sur l’ensemble du Liban-sud pour la première fois depuis le début de la crise libanaise à la fin des années 60. En effet, depuis le début des opérations menées contre Israël par les organisations armées palestiniennes à partir du territoire libanais, en 1968-1969, le sud a constamment échappé, dans son intégralité, au contrôle de l’armée. Israël a empêché, par ses incursions répétées au sud et ses deux invasions de 1978 et 1982, le déploiement de l’armée régulière. La Syrie, à son tour, a empêché ce déploiement après les accords de Taëf (1989) qui stipulaient le ramassage des armes de toutes les milices et le déploiement de l’armée sur tout le territoire national.


22h54 : je rentre d’une tournée dans les centres d’accueil à Batroun et aux alentours.

A 19h30, j’étais à Rachkida chez cheikh Rida quand nous avons écouté ensemble la nouvelle des sinistrés de Houla, localité frontalière du sud. 65 personnes, dont 27 enfants, qu’on croyait mortes (déjà la presse et même le Premier ministre avaient annoncé leur mort) sous les décombres d’un immeuble à la suite des bombardements israéliens quelques heures plus tôt, sont sorties indemnes ! Les secouristes de la Croix Rouge et de la Défense civile étaient empêchés par les bombardements d’arriver sur place. Ce sont les habitants du village eux-mêmes qui ont sorti les rescapés. En observant à la télé les images du sauvetage, nous avons eu la tendre sensation d’une victoire sur la mort. Nous nous sommes mis debout et nous avons prié ensemble, chacun à sa manière, le même Seigneur Dieu pour lui rendre grâce de nous avoir épargné un nouveau massacre !

Mais la journée a été particulièrement meurtrière : 67 morts et plus d’une centaine de blessés ! C’est le bilan de « l’acte de vengeance » ou de représailles des Israéliens contre les douze soldats tombés hier. Les raids aériens n’ont épargné aucune région, depuis le sud jusqu’à la Békaa et Akkar passant par Beyrouth, où une hécatombe a eu lieu à Chiah, à la limite de la banlieue sud. Peu avant 20h00, deux violentes explosions ont eu lieu à la rue populaire Assaad el-Assaad où deux immeubles ont été totalement détruits par un bombardement israélien tuant 20 personnes et blessant 50. Nous l’avons suivi presque en direct à la télé. Les bombardements de la Békaa ont fait 11 morts et 30 blessés autour de Baalbeck et 10 tués et 23 blessés à Brital. La situation dans le sud est devenue particulièrement critique après la destruction du pont de fortune qui avait été construit à la hâte par l’armée libanaise à l’entrée nord de Tyr et sur le fleuve Litani coupant le sud du reste du Liban. Un couvre-feu a par ailleurs été décrété par l’armée israélienne dans toute la région au sud de Litani. La banlieue sud de Saida n’a pas été épargnée. A La localité de Ghaziyé, les corps de 14 civils ont été dégagés des décombres d’un pâté de maisons détruites par les bombardements. Aussi à Ghassaniyé, plus au sud, les corps de sept personnes ont été dégagés.

Enfin, concernant l’offensive terrestre, les villages de Houla, Bint Jbeil et Aïta el-Chaab ont été le théâtre de violents combats qui opposaient le Hezbollah à l’armée israélienne.
00h16 : Avant d’aller me coucher, je voudrais vous adresser Seigneur cette prière du psaume 2 : « Pourquoi cette agitation des peuples, ces grondements inutiles des nations ? Les rois de la terre s’insurgent et les grands conspirent entre eux, contre le Seigneur et contre son messie : brisons leurs liens, rejetons leurs entraves… Et maintenant, rois, soyez intelligents ; laissez-vous corriger, juges de la terre ! Servez le Seigneur avec crainte, exultez en tremblant ; rendez hommage au fils… Heureux tous ceux dont il est le refuge ».


Mardi 8 août 2006,

La nuit a été un peu plus calme ; on a moins entendu le son des chasseurs bombardiers ! Ils survolaient peut-être ailleurs vers le sud.
La pénurie d’essence s’aggrave et les corridors sécuritaires pour faire passer les carburants ne sont toujours pas autorisés. Les grands axes routiers entre les différents départements et régions étant détruits, l’acheminement de l’aide humanitaire et de toutes provisions devient une acrobatie difficile !

A partir de midi les événements se sont précipités : des raids aériens et des bombardements violents ont essentiellement visé le département de Tyr et les villages frontaliers du sud. Les Israéliens veulent resserrer l’étau autour de Tyr et toute la région au sud du fleuve Litani. L’aviation israélienne a largué des tracts au-dessus de Tyr avertissant la population qu’elle bombardera « tout véhicule circulant au sud du fleuve Litani !» incluant naturellement la ville de Tyr ! Les gens se sont terrés dans leurs maisons ou dans leurs abris de fortune.

Les bombardements n’ont pas cessé pour autant ; et ont visé particulièrement, et à deux reprises, la localité de Ghaziyeh pour la deuxième journée consécutive alors que se déroulaient les funérailles de 15 personnes qui avaient trouvé la mort la veille provoquant 6 morts et 28 blessés. Des raids ont visé également la Békaa-est et la Békaa-ouest provoquant 5 morts et 4 blessés.

Mais le plus grave est le siège imposé à toute la région au sud de Litani.

Les agences humanitaires de l’ONU ont totalement suspendu leurs livraisons d’aide à cette région « en raison de l’insécurité ». Le président du Comité international de la Croix Rouge, M. Kellenberger, a du traverser à pied le Litani pour se rendre à Tyr. Il a estimé à 100.000 le nombre de civils qui se trouvent en situation précaire. « Notre préoccupation majeure demeure l’accès au Liban-sud », a-t-il déclaré, soulignant que « l’alimentation et les conditions sanitaires sont les priorités au niveau des efforts déployés par les organismes d’assistance ». Notre autre préoccupation, a-t-il ajouté, est le respect des lois humanitaires dans la conduite des hostilités. Vous ne pouvez pas échapper à vos obligations en larguant des tracts ». Il a enfin rappelé que « les règles exigent de faire la distinction entre les civils et les combattants, les objectifs civils et militaires, comme d’user de la force de manière proportionnelle ».


Je viens d’appeler Mgr Hage, notre archevêque de Tyr, pour avoir de ses nouvelles. Il m’a raconté son calvaire:« Nous sommes complètement coupés du reste du Liban ; après la menace israélienne, aucun véhicule n’ose s’aventurer. Toutes nos provisions viennent de Saida, et rien ne passe actuellement. Les vivres, l’aide alimentaire et sanitaire, les carburants manquent et rien ne passe plus. Et les Israéliens nous promettent encore un mois de guerre ! Il y a deux jours, je suis passé dans les paroisses de la frontière (Ain Ebl, Rmeiche, Debl et Alma) ; je me suis rendu compte de leur situation précaire ; ils manquent de tout. Près de 4000 personnes sont restés sur place et tiennent le coup. Maintenant, je ne peux plus le faire. Nous gardons le moral et nous vivons dans l’espérance qu’une solution sera enfin votée au Conseil de Sécurité ».


A l’autre bout du monde, et dès son arrivée à New York, la délégation arabe dépêchée par le sommet de Beyrouth a été reçue par le Secrétaire général, M.Kofi Annan, avant de réclamer devant le Conseil de Sécurité le retrait des troupes israéliennes du territoire libanais. « Un tel retrait doit être un élément clé de toute paix équitable et globale », a déclaré le chef de la diplomatie qatarie qui dirige la délégation. Il a ajouté que toute résolution appelle à « un cessez-le-feu immédiat et complet, à un retrait des forces israéliennes derrière la ligne bleue et au renforcement des la FINUL ». Il a également demandé le soutien du Conseil de Sécurité « à la décision du gouvernement libanais de déployer l’armée dans le sud du pays. Nous attirons l’attention du Conseil sur les répercussions qu’aurait l’adoption d’une résolution inapplicable qui compliquerait davantage la situation sur le terrain et aurait de graves conséquences pour le Liban, les pays arabes et tous les pays de la région. Le plus affligeant, c’est de voir le Conseil demeurer passif, paralysé, incapable de mettre fin au bain de sang qui atteint plus cruellement chaque jour le peuple libanais sans défense. Et ce qui se passe va semer les germes de la haine et de l’extrémisme dans la région et donner raison à ceux qui ont l’impression que la communauté internationale prend parti et manque d’équité dans ce conflit ».


C’est bien vrai et profond ce qu’il a dit. Combien de fois on a fait comprendre aux Etats-Unis, la Grande Puissance des temps actuels, le Pape Jean-Paul II en premier, que pour déraciner le terrorisme il faut s’attaquer à ses racines ; et ces racines se trouvent dans tant de peuples opprimés qui ne demandent que d’acquérir leurs droits et de décider de leur sort !

Le ministre libanais, M. Tarek Mitri, est intervenu ensuite dans un vibrant plaidoyer. Réitérant l’appel inlassable du gouvernement pour un cessez-le-feu immédiat, il a mis l’accent sur « les pertes en vies humaines et la situation humanitaire catastrophique devenues le lot du Liban d’aujourd’hui. Il est regrettable, a-t-il affirmé, que le projet de résolution (franco-américain) ne réponde pas à nos demandes légitimes. Il ne contient pas les conditions pour un cessez-le-feu immédiat et total. Il ne comprend qu’un appel à une cessation des hostilités et laisse le Liban vulnérable au gré du vent soufflé par Israël ».

Résultat après la réunion : un nouveau renvoi pour plus de concertations !

De son côté, le ministre français des Affaires Etrangères, M. Douste-Blazy, a souligné la nécessité d’ « un équilibre entre les positions du Liban, d’une part, et l’attitude américano-israélienne, d’autre part ».


Mercredi 9 août 2006,

Je me réveille avec la sensation que c’est le calme avant la tempête !
J’offre la Messe avec les nombreux fidèles qui viennent quotidiennement à l’intention de la Paix en suppliant le Seigneur de la Paix de nous délivrer du Mal de la haine et de la violence !
Nous avons la bonne surprise de la visite de l’archevêque de Washington, le cardinal Theodore McCarrick. Il est arrivé dans la matinée à l’aéroport de Beyrouth à bord d’un avion jordanien. Accueilli par les vicaires patriarcaux NN.SS. Abou Jaoudé et Baissari ainsi que le Nonce apostolique Mgr Gatti et le P. Samaha président de Caritas-Liban. Il s’est rendu tout de suite au siège de Caritas où il a tenu une conférence de presse précisant le but de sa visite : celui de se « trouver aux côtés des populations déplacées et des blessés, pour leur faire part de la solidarité de l’Eglise catholique et de la population américaine ». Et après avoir fait part de sa « gratitude à tous les peuples, les Etats et les associations qui envoient des aides humanitaires au peuple libanais par l’intermédiaire de Critas-Liban et salué la présence du Secours catholique », il a insisté sur la « nécessité de mettre en place un corridor humanitaire pour que les populations encerclées dans les zones de conflits puissent bénéficier des aides ». Il a ensuite visité deux centres d’accueil des déplacés à Nabaa et Rayfoun avant de se rendre, dans l’après midi à Dimane auprès du Patriarche cardinal Sfeir avec qui il a eu un tête-à-tête d’une heure et demie. Après l’entretien, il s’est dit choqué par les « destructions causées, notamment aux ponts et aux axes routiers, à la suite des bombardements ». Il est resté à dîner avec le Patriarche, puis il est parti aussitôt avec le Nonce apostolique ; car il est attendu demain chez les trois présidents de la République, de la Chambre et du Conseil.


Une autre visite américaine nous surprend vers midi. C’est M. David Welch, adjoint au Secrétaire d’Etat, Mme Rice, qui est arrivé à Beyrouth en provenance d’Israël. Il s’est entretenu avec le Premier ministre, M. Siniora avant de rencontrer le président de la Chambre, M. Berry. Et dans l’après midi, il s’est entretenu une deuxième fois avec M. Siniora avant de repartir sans faire de déclaration. Il était chargé de faire la navette entre Israël et le Liban et de « faire comprendre aux autorités libanaises qu’il n’était pas question pour les Israéliens de se retirer avant le déploiement d’une force internationale ». Il a tout de même déclaré : « Nous, Américains, sommes les amis du Liban et nous ferons notre possible pour régler cette crise ».

En Israël, d’où vient M.Welch, le Cabinet de sécurité a donné feu vert à l’extension des opérations terrestres au Liban-sud jusqu’au Litani. Et l’un des membres de ce cabinet a souligné que « ces opérations devraient durer encore plus de 30 jours ».

A Toulon (France), et à l’issue d’une réunion de crise sur le Liban qu’il a présidée, le président Jacques Chirac a jugé « normal d’intégrer les demandes libanaises » dans l’actuel projet de résolution franco-américain. « La communauté internationale doit prendre en compte les réactions des différentes parties et tenir compte notamment des intérêts du Liban, de sa stabilité, de son unité, de sa souveraineté et de son indépendance ». « Il semble effectivement, a-t-il ajouté, qu’aujourd’hui il y ait une réserve américaine pour adopter ce projet. Je ne veux pas imaginer qu’il n’y ait pas de solution car cela voudrait dire, ce qui serait la plus immorale des solutions, que l’on accepte la situation actuelle et que l’on renonce au cessez-le-feu immédiat. Je ne veux pas l’imaginer de la part des Américains ni d’autres. Mais si nous n’y arrivons pas, nous aurons un débat au Conseil de Sécurité et chacun y affirmera clairement sa position, y compris naturellement la France, par sa propre résolution ».


21h46 : Je rentre de ma deuxième tournée depuis ce matin dans les centres d’accueil. Les déplacés sont inquiets de la tournure que prend la guerre ; leurs villages dans le sud frontalier sont presque rasés et ne savent pas quoi penser et dire. Entre temps, nous rencontrons un vrai problème dans l’hospitalisation d’un bon nombre d’entre eux, adultes et enfants, car la majorité n’a pas de papiers justificatifs. Ils étaient partis à la hâte ! J’ai contacté le ministre de la Santé, M. Mohammad Khalifé, que je connais depuis un moment par un médecin de Batroun son ami, pour lui demander une solution. Il a été compréhensif et a contacté le directeur de l’hôpital pour faciliter leur recouvrement sur le compte du ministère de la Santé après la présentation de la carte d’identité du père de famille. Les autres cas sont pris en charge par la Croix Rouge, dont les jeunes secouristes, médecins et infirmiers, circulent toute la journée dans le département. Il nous reste de trouver certains médicaments pour les maladies chroniques. La Caritas fait tout son possible pour les assurer en les achetant à Batroun ou ailleurs.


A 20h00, j’avais suivi, dans l’un des centres, l’intervention télévisée du chef de Hezbollah, Hassan Nasrallah, quelques heures après la décision du cabinet de sécurité israélien d’étendre l’offensive terrestre. Il a donné son approbation à la décision du gouvernement de déployer l’armée au Liban-sud ainsi que le renforcement de la Finul. « Le déploiement de l’armée libanaise est la meilleure alternative et la plus adéquate au déploiement de forces internationales dont on ignore d’où elles prendront leurs ordres et quelle sera leur mission. Renforcer la Finul aidera l’armée libanaise à remplir sa mission ». Et d’ajouter à l’envers des Israéliens : « Vous ne serez pas en mesure de rester sur notre terre et, si vous y entrez nous vous en expulserons par la force. Nous transformerons notre précieuse terre du sud en cimetière pour les envahisseurs sionistes ».

Il faudra s’attendre donc à des représailles israéliennes encore plus dures ! Que Dieu nous sauve !

00h12 : juste avant d’aller au lit, je jette un dernier coup d’œil à la télé : on annonce le début de l’offensive terrestre israélienne attendue ! Le canal Al Jazirah nous montre des images du côté israélien : c’est l’enfer qui se déchaîne ! Comment pourrais-je arriver à dormir ? Seigneur, que faire ? Prier, garder confiance, rester debout ! Oui. Mais aidez-moi à le faire ! Je vais lire les psaumes d’appel au secours en situation de détresse ! Et dire mon rosaire ; peut-être vais-je finir par m’endormir !

Jeudi 10 août 2006,

J’ai très mal dormi ! Tôt le matin, les chasseurs bombardiers israéliens n’ont pas arrêté de survoler le ciel libanais, alors que l’offensive terrestre, partie vers minuit, augmentait d’intensité. Il est très difficile de s’éloigner de la radio et de la télé. Mais je suis descendu pour la Messe de 7h00 ; les fidèles sont là, et nombreux, tremblant de peur. Ils viennent cependant prendre une bouffée de courage et d’espérance dans la Parole de Dieu et dans l’Eucharistie, à l’exemple des premières communautés chrétiennes.

L’offensive israélienne a progressé de quelques 7 km dans le territoire libanais ; elle a été stoppée aux portes de la ville de Khiam, mais elle a pu entrer dans la ville de Marjeyoun. Pour soutenir l’avancée des troupes, l’aviation israélienne a bombardé toute la région jusqu’à Tyr ; et elle a même atteint le nord et la Békaa en passant par Beyrouth. Elle a bombardé l’ancien phare de Beyrouth qui est voisin du relais de la radio nationale.

A 12h20, elle a même bombardé un autre relais de la même radio nationale à Amchit, juste à côté de Batroun. Dans l’après-midi, les soldats israéliens ont occupé la caserne de l’armée à Marjeyoun qui abrite 350 hommes de l’armée et des FSI(Forces de Sécurité Intérieure), commandés par le général Adnan Daoud, et a perquisitionné l’armurerie à la recherche de roquettes, sans pourtant rien trouver. Le ministre libanais de l’Intérieur a tout de suite considéré que les militaires libanais sont « séquestrés » par les Israéliens.
A Beyrouth, des tracts ont été largués par l’aviation israélienne au début de l’après-midi invitant la population de la banlieue-sud à fuir les bombardements. Des dizaines de milliers ont pris à la hâte la route vers le nord « plus sûr » ! Trois heures plus tard, des tracts ont été largués dans le nord imposant un couvre-feu aux véhicules, et surtout aux camions et camionnettes, de 20h00 à 7h00, avec la menace de bombarder tout ce qui bouge ! La peur s’installe, et les gens se terrent chez eux.

A 19h00, comme tous les jeudis, nous avons la Messe avec la procession du Saint Sacrement. Les fidèles étaient nombreux à venir prier cachant leur peur et leur crainte. Nous avons profondément prié en nous confiant à Notre Seigneur Jésus Christ présent parmi nous. Et, à 20h00, ils devaient partir ! Mais que faire des déplacés qui arrivaient de Beyrouth, notamment de Chiyah ? Nous avons quand même risqué à accueillir rapidement ceux qui se sont arrêtés à Batroun. J’ai tout fait avec mes jeunes pour caser les quelques familles, totalement démunies et fatiguées. Je ne suis rentré qu’à 22h55.

Seigneur, Viens à notre secours ! Aide les responsables et les Puissants de ce monde à trouver une solution, au moins pour les civils innocents !
Et l’on continue de nous promettre qu’une entente franco-américaine est sur le point d’être réalisée ! « Paris et Washington auraient trouvé une plate-forme commune pour satisfaire le Liban et Israël ». Attendons voir !

Je me mets devant l’ordinateur pour lire les nombreux messages de soutien qui m’arrivent, comme tous les jours, de tant d’amis à travers le monde: de la France (notamment de Saint Etienne avec qui nous sommes en jumelage, de Paris, de Bretagne), de l’Italie (notamment de Milan et de Rome), de l’Allemagne et des Etats-Unis. Le fait de savoir que nos amis sont unis à nous dans la prière en ces temps d’épreuves m’encourage et me soulage ; et m’ouvre surtout des horizons dans un Liban totalement assiégé. Je respire ! D’ailleurs, je publie des extraits de ces messages chaque dimanche dans le Bulletin paroissial (cf. notre website www.diocesebatroun.org) pour partager avec les Batrounais et les autres le sentiment d’être soutenu et nous encourager mutuellement.

Seigneur, je ne veux croire qu’en vous ! Je voudrais faire mienne la prière du psaume 22 :
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
J’ai beau rugir, mon salut reste loin. Le jour, j’appelle, et tu ne réponds pas, mon Dieu ; la nuit, et je ne trouve pas le repos.
Pourtant, Tu es le Saint. Nos pères comptaient sur Toi ; ils comptaient sur Toi, et Tu les libérais ; ils criaient vers Toi, et ils étaient délivrés ; ils comptaient sur Toi, et n’étaient pas déçus…
Ne reste pas si loin car le danger est proche et il n’y a pas d’aide ».
Mais en priant ce psaume, je me suis souvenu des Apôtres dans la barque recouverte par les vagues alors que Jésus dormait. « Ils s’approchèrent et le réveillèrent en disant : Seigneur, au secours ! Nous périssons. Il leur dit : Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi ? » (Mt.8, 25-26).
Oui, Seigneur, vous avez raison ; de quoi aurons-nous peur et vous êtes là, avec nous, au milieu de la tempête ?! Je vais pouvoir dormir !

Vendredi 11 août 2006,

La journée, journée de guerre naturellement, commence très tôt. A 5h00, alors que je me réveillais, j’ai entendu des bombardements dans le nord. C’est la radio qui me donne la réponse : des raids israéliens ont visé le Akkar. L’aviation israélienne a bombardé le pont de Hissa sur la route qui mène vers la Syrie, faisant un mort. Une demie heure après, alors que les habitants du coin sont venus sur les lieux, les appareils sont revenus à la charge une deuxième fois faisant dix autres tués et quatre blessés ! Malheureusement, les Israéliens nous ont déjà habitués à de telles manières de frapper. D’autres raids ont suivi sur tout le territoire libanais : douze raids en une heure sur la banlieue sud de Beyrouth, onze sur la Békaa nord et sud frappant les routes reliant le Liban à la Syrie et d’autres raids sur la ville de Tyr et ses alentours.
Entre temps, l’offensive terrestre se poursuit difficilement autour des quatre axes frontaliers du sud, et la ville Marjeyoun reste le point critique.

Que dire de cette matinée si violente ?

A 6h30, je dois partir à l’hôpital pour célébrer la Messe et visiter les malades. Il m’a fallu une prière profonde pour reprendre du courage et y aller. Il n’y avait presque personne dans les rues. Le couvre-feu et la pénurie d’essence y contribuant !


A 8h30, j’effectue ma première tournée dans les centres d’accueil de Batroun. C’est la deuxième journée qu’on ne réussit pas à leur assurer le pain ; les camionnettes qui délivrent le pain n’osent plus circuler ; il a fallu que je contacte les boulangers de Batroun pour assurer les rations voulues. Durant la journée, notre attention reste orientée, d’un côté, vers New York où les tractations serrées sont menées entre Américains et Français pour arriver à un accord sur une résolution acceptable, et de l’autre côté, vers Marjeyoun où des tractations sont menées pour évacuer les 350 hommes de la caserne occupée par les Israéliens et laisser passer les civils qui désirent fuir les zones de combat. Une journée tendue et nos nerfs aussi.

Ce n’est qu’à 16h50 que les Israéliens ont donné le permis au convoi qui s’est formé (550 voitures, près de trois mille personnes civiles auxquelles il faudra ajouter les 350 militaires) de quitter Marjeyoun. Le convoi devait être escorté par les Casques bleus de la Finul, qui se sont retirés après les premiers kilomètres sans donner de raisons. M. le Préfet du Nord et Mme le Sous-Préfet de Batroun m’appellent déjà pour m’annoncer qu’il faut nous préparer à accueillir à Batroun quelques 350 personnes de ce convoi qui arrive. J’effectuais ma tournée habituelle en dehors de Batroun. Je préviens immédiatement les responsables de nos centres d’accueil dans le département. Et je reste accroché à la radio pour suivre en direct le parcours du convoi. Il a fallu plus de deux heures pour parcourir les quelques 13 km séparant Marjeyoun du premier village du département de Hasbaya, dans la Békaa-Ouest, appelé Kfeir.

A 21h30, j’étais déjà rentré, l’inattendu arriva ! Des drones israéliens tirent cinq missiles sur le convoi faisant 8 tués et 40 blessés et semant la terreur. Les voitures ne savaient plus où fuir et les ambulances de la Croix Rouge n’osaient pas s’approcher car elles avaient été visées peu avant par deux missiles faisant un tué et deux blessés dans les rangs des secouristes ! Encore un nouveau massacre perpétré sous les yeux des médias alors que les Grands de ce monde cherchent toujours à s’entendre sur une résolution à adopter au Conseil de Sécurité ! C’est la désolation !

On a su plus tard que les rescapés du convoi ont du chercher refuge dans les villes et villages de la Békaa-Ouest, et certains d’entre eux ont même réussi à arriver jusqu’à Zahlé.

A 22h00, la famille Choucair m’appelle pour aller accueillir les parents qui viennent d’arriver de leur village de Zaoutar, à la frontière sud. Le papa, soixante-seize ans, et la maman, soixante-douze, étaient partis tôt ce matin prenant des taxis à certains parcours, et faisant à pied d’autres parcours. « Je ne voulais pas quitter ma maison, m’a dit le papa. Mais après avoir assisté à sa destruction et après les appels insistants de mes enfants, j’ai fini par accepter. Mais quelle journée ! Je suis passé par l’enfer du feu et de la mort ! A mon âge, avais-je besoin de tout cela ? Mais le fait de savoir que j’allais être accueilli chez des frères ici m’a soulagé. Je ne demande qu’une chose à Dieu mon Créateur : c’est de retourner mourir sur ma terre du sud ! ».

22h30 : je rentre chez moi, et je me mets à l’ordinateur pour lire les messages de la journée et écrire la suite de mon diaire.
Parmi les messages reçus, je m’attarde à celui significatif de Mgr Dominique Lebrun, évêque nommé de Saint Etienne : « Sans tarder, m’écrit-il, je veux vous dire combien je suis proche de vous depuis longtemps. La situation de cette région du monde où Dieu a choisi d’établir la Paix, Sa Paix, me tient particulièrement à cœur, comme, je pense, à tout chrétien. Les événements récents sont horribles. Votre message et votre livre de bord viennent à la rencontre de ma nouvelle charge. Votre présence le 9 septembre (célébration d’ordination épiscopale à laquelle j’avais été invité par l’évêque sortant Mgr Pierre Joatton) serait hautement significative, mais là, il faut s’en remettre à la Divine Providence ».

C’est un encouragement de plus ajouté à tant d’autres que je reçois tous les jours et dont je choisirai des extraits pour le Bulletin paroissial.
00h20 : Je suis toujours dans l’attente du résultat de la réunion du Conseil de Sécu